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Bushcraft et survie en pleine nature : le guide complet

Une matinée à l’approche dans un massif mal connu, un ruisseau remonté jusqu’à perdre de vue son point d’entrée, un orage de fin d’août qui tombe à 18 h sur un versant nord. Dans les trois cas, ce qui sépare le simple contretemps de la vraie difficulté tient à quelques gestes appris avant, au calme, loin de l’urgence. Le bushcraft commence exactement là.

Le terme fait parfois sourire, parce qu’on l’associe à des vidéos de barbus qui montent des cabanes à étages à coups de hache. La réalité de terrain est plus modeste, et nettement plus utile : se protéger du froid avec ce qu’on a sous la main, produire de l’eau buvable, allumer un feu quand tout est humide, retrouver sa voiture sans réseau ni batterie. Un chasseur ou un pêcheur régulier possède déjà une bonne partie de ces réflexes, souvent sans les nommer ainsi.

Le bushcraft, prolongement de la chasse et de la pêche

Un pratiquant qui poste à l’affût dès 6 h en novembre sait déjà s’habiller, lire une météo, marcher sans bruit, estimer une distance à vue et rester immobile deux heures sans s’effondrer moralement. Ce sont des compétences de bushcraft, même si personne ne les appelle comme ça au poste. La survie en pleine nature ne demande pas de repartir de zéro : elle consiste surtout à ajouter, sur ce socle, la capacité à encaisser l’imprévu.

La distinction avec le survivalisme mérite d’être posée une fois pour toutes. Le survivalisme prépare à un effondrement, il raisonne en stocks, en scénarios de rupture, parfois en défiance. Le bushcraft raisonne en compétences : il part du principe qu’on rentrera chez soi, et qu’entre-temps il faut être autonome avec un sac et un couteau. Pour un chasseur, la seconde logique est la bonne. Personne ne part en battue en préparant la fin du monde. En revanche, on part tous un jour ou l’autre pour trois heures et on rentre après la nuit tombée.

La connaissance du milieu joue dans le même sens. Savoir où le sanglier passe, où le chevreuil se remise, où le brochet se tient en été, c’est déjà lire un paysage en termes de ressources, d’eau, de couvert et de vent. Cette lecture-là sert aussi à choisir un emplacement de bivouac correct plutôt qu’une cuvette humide où l’air froid stagnera toute la nuit.

Les priorités quand l’autonomie n’est plus un choix

Quand une sortie dérape, la hiérarchie des besoins n’a rien d’intuitif. Le réflexe naturel consiste à penser nourriture, alors que c’est le dernier problème. La règle mnémotechnique dite des trois donne l’ordre correct : environ trois minutes sans oxygène, trois heures sans protection thermique en conditions hostiles, trois jours sans eau, trois semaines sans nourriture. Les chiffres sont indicatifs, la hiérarchie est solide.

L’abri d’abord

L’hypothermie tue bien plus vite que la soif, et elle n’a pas besoin de neige pour s’installer. Une température de 8 à 10 °C, du vent et des vêtements mouillés suffisent largement. La priorité est donc de couper le vent, de s’isoler du sol et de rester sec, dans cet ordre.

Le sol prend une chaleur considérable par conduction : une couche de branchages, de fougères sèches ou de feuilles mortes sur vingt centimètres d’épaisseur change tout, bien plus qu’un toit parfait. Pour la protection au-dessus, un tarp de 3 x 3 m et quatre mètres de cordelette valent mieux qu’un abri en branches monté à la nuit tombée en trois heures d’efforts. Les compétences essentielles de bushcraft détaillent les montages classiques, du lean-to à l’abri en A, avec leurs conditions d’emploi.

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L’eau ensuite

En France métropolitaine, trouver de l’eau pose rarement problème. La rendre potable, si. Un ruisseau limpide de moyenne montagne peut charrier des giardia ou des leptospires venus d’un cadavre de ragondin cinquante mètres en amont. Trois méthodes tiennent la route sur le terrain.

L’ébullition reste la référence : une minute à gros bouillons détruit bactéries, virus et parasites, quelle que soit l’altitude sous 2 000 m. Le filtre à fibres creuses de type gourde filtrante traite bactéries et protozoaires, pas les virus, ce qui est acceptable en Europe de l’Ouest. Les pastilles au dichloroisocyanurate de sodium demandent trente minutes et laissent un goût désagréable, mais elles pèsent quinze grammes pour trente litres traités. Beaucoup de pratiquants embarquent un filtre et une plaquette de pastilles en secours.

Une eau chargée en particules se décante d’abord, dans une bouteille laissée au repos, ou se pré-filtre à travers un tissu. Un filtre encrassé au bout de deux litres ne sert plus à grand-chose.

Le feu enfin

Le feu réchauffe, sèche, purifie l’eau, cuit et rassure. Il signale aussi une position, ce qui compte quand des secours cherchent quelqu’un. La règle est simple : trois volumes de combustible préparés avant la première étincelle, en amadou, petit bois et bois moyen, sinon la flamme meurt pendant qu’on court chercher des branches.

Par temps humide, l’écorce de bouleau brûle même mouillée grâce à ses huiles, et le bois mort sur pied reste sec au cœur alors que le bois au sol est saturé. Un firesteel fonctionne trempé, contrairement à un briquet à gaz qui gèle en dessous de zéro. Deux systèmes d’allumage valent mieux qu’un.

Reste le cadre légal, souvent ignoré. Le code forestier interdit de porter ou d’allumer du feu à moins de 200 mètres des bois, forêts, landes et plantations, sauf pour le propriétaire du terrain ou avec son autorisation. En période estivale, les arrêtés préfectoraux durcissent encore le dispositif dans les départements sensibles, avec interdiction totale sur des massifs entiers. S’entraîner au feu, c’est donc s’entraîner chez quelqu’un qui vous y autorise, ou sur un emplacement aménagé.

S’orienter sans GPS : carte, boussole et lecture de terrain

Le téléphone tombe en panne de batterie par -5 °C en une heure, et le réseau disparaît dans le premier vallon encaissé. Un chasseur qui suit un chien à l’oreille pendant quarante minutes dans un bois qu’il connaît mal peut se retrouver à trois kilomètres de sa voiture sans savoir dans quelle direction. L’orientation classique reste la seule solution qui ne dépend de rien.

La carte au 1/25 000

Les cartes IGN de la série TOP 25 sont le standard français : un centimètre représente 250 mètres, et l’équidistance des courbes de niveau est de 10 mètres en montagne, 5 mètres en terrain doux. Savoir lire ces courbes, c’est deviner un talweg, une croupe, un replat où poser un abri, un col qui permet de basculer sans monter inutilement.

Le réflexe le plus utile consiste à repérer, avant de partir, une ligne d’arrêt : une route, une rivière, une ligne haute tension, une lisière franche, orientée perpendiculairement à la direction générale de progression. Tant qu’on sait qu’en marchant plein est on tombera forcément sur la départementale, on ne peut pas se perdre vraiment. On peut seulement rentrer plus tard que prévu.

La boussole et l’azimut

Une boussole n’indique pas le nord géographique mais le nord magnétique. En France métropolitaine, l’écart entre les deux, la déclinaison, reste faible, de l’ordre de un à deux degrés selon la région et l’année. Sur une marche d’un kilomètre, c’est négligeable ; sur une progression de dix kilomètres en terrain uniforme, l’erreur devient sensible.

La marche à l’azimut suit toujours le même principe : relever la direction sur la carte, la reporter sur le cadran, puis viser un point remarquable dans l’axe, un arbre isolé, un rocher, et marcher jusqu’à lui avant de recommencer. Regarder son aiguille en marchant garantit de dériver. Les modèles à visée, dont la boussole militaire reste le meilleur exemple, permettent de relever un azimut au degré près sur un point éloigné, ce qui change la précision d’une progression en forêt dense.

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Estimer les distances

Savoir dans quelle direction on va ne suffit pas, il faut aussi savoir depuis combien de temps. La méthode traditionnelle du comptage des doubles pas fonctionne toujours : un marcheur moyen parcourt cent mètres en 62 à 70 doubles pas sur terrain plat, davantage en montée. Chacun doit étalonner sa propre valeur sur un terrain de football ou une portion de route mesurée, puis la noter dans son carnet. Un podomètre fait le travail sans compter mentalement, avec la même limite que tout appareil : une pile.

S’équiper : l’outil coupant, le sac et la logistique

L’équipement de bushcraft souffre d’une dérive bien connue : on achète du matériel spectaculaire avant de maîtriser les gestes de base. Trois postes méritent réellement de l’attention.

L’outil coupant

Le couteau est l’outil central, celui qu’on utilise cent fois par sortie. Pour un usage bushcraft, une lame fixe de 9 à 12 cm, en soie traversante ou pleine soie, reste le format le plus polyvalent. L’émouture scandinave, plate et à angle unique, s’affûte sur le terrain avec une simple pierre et travaille le bois avec une précision qu’aucune lame de cuisine n’atteint. L’acier carbone prend le fil plus vite et étincelle sur un silex ; l’inox demande moins d’entretien et pardonne l’oubli d’un lavage après avoir vidé un poisson.

Pour la végétation dense, ronciers, taillis de châtaignier, roseaux de bord d’étang, l’outil change de nature. Une machette de chasse ouvre un cheminement bien plus vite qu’un couteau et sert à préparer des perches d’abri, mais elle demande de la place pour être utilisée en sécurité et se révèle inutile en forêt de montagne. Pour le bois mort de section moyenne, une petite scie pliante à denture japonaise fait souvent mieux qu’une hachette, pour un tiers du poids et sans risque de rebond dans le tibia.

Le sac et son organisation

Pour une sortie à la journée avec possibilité d’imprévu, un sac de 30 à 40 litres suffit. Au-delà, on remplit le volume disponible par principe. Les charges lourdes se placent haut et près du dos, contre les omoplates ; ce qui doit rester accessible sans ouvrir le sac principal se range dans les poches de ceinture.

Le socle minimal ne varie pas beaucoup : trois couches vestimentaires dont une imperméable, un bonnet, une frontale avec piles de rechange, un litre d’eau plus le moyen de la traiter, deux systèmes d’allumage, un tarp ou une couverture de survie renforcée, une cordelette de 5 mètres, une trousse de premiers secours avec un pansement compressif, et de quoi manger. Le coton se laisse au vestiaire : mouillé, il refroidit au lieu de réchauffer.

La logistique du retour

Un aspect que les guides de survie oublient systématiquement, alors qu’il concerne tous les chasseurs et tous les pêcheurs : ramener une prise en bon état. Un chevreuil éviscéré doit descendre en température rapidement, un bar pris à 7 h du matin en août ne survit pas à quatre heures de coffre. Une glacière de randonnée avec deux blocs eutectiques règle le problème pour la journée, et évite de gâcher un prélèvement légal par négligence. L’autonomie de terrain, c’est aussi ça.

Se nourrir en autonomie, dans un cadre légal

Voilà le sujet où circule le plus d’approximations. La nourriture arrive en dernier dans les priorités physiologiques, et en première ligne sur le plan juridique. En France, il n’existe aucun régime dérogatoire qui autoriserait à prélever hors cadre parce qu’on se déclare en situation de survie. L’état de nécessité prévu par le code pénal s’apprécie très strictement et ne constitue pas un permis de chasse implicite.

Le glanage : deux prudences

La cueillette de végétaux se pratique sur le terrain d’autrui, ce qui suppose l’accord du propriétaire. La tolérance d’usage porte sur de petites quantités destinées à la consommation familiale, et de nombreux arrêtés préfectoraux fixent des limites précises pour les champignons ou les plantes protégées. En forêt domaniale, l’ONF publie ses propres seuils, souvent cinq litres de champignons par personne et par jour.

  Comment poser un piège à lapin ?

La seconde prudence est sanitaire, et elle est sans appel : au moindre doute sur une identification, on ne consomme pas. Les confusions classiques coûtent cher. L’ail des ours et le colchique d’automne partagent les mêmes sous-bois, la carotte sauvage ressemble à la grande ciguë, et une intoxication à quinze kilomètres d’une route transforme une sortie en évacuation. Les baies faciles, mûre, myrtille, sureau noir cuit, églantier, suffisent largement à un dépannage. Le rendement calorique reste de toute façon dérisoire : une journée entière de cueillette couvre rarement le coût énergétique de la marche qu’elle a demandée.

Pêche et prélèvement de subsistance

La pêche est la voie la plus accessible, et de loin la plus rentable en calories par heure d’effort. Elle reste soumise à la carte de pêche délivrée par une AAPPMA, aux périodes d’ouverture par espèce, aux tailles légales de capture et aux quotas locaux, notamment sur les salmonidés. Une ligne de secours de vingt mètres et quelques hameçons pèsent dix grammes dans un sac et n’ont d’intérêt que si l’on est en règle.

Côté chasse, le principe est identique : permis validé pour la saison, territoire sur lequel on dispose d’un droit, respect strict des périodes et des plans de chasse. Le piégeage obéit à un régime encore plus encadré, avec agrément préfectoral du piégeur, déclaration en mairie et marquage des pièges. Ce site traite déjà le sujet en détail dans l’article consacré au piège à lapin et à ses conditions d’emploi. Inutile de le reprendre ici : ce qu’il faut retenir, c’est qu’un piège posé sans agrément constitue une infraction, quelle que soit l’intention.

Les erreurs de débutant les plus fréquentes

Elles reviennent avec une régularité qui finit par être comique, et elles coûtent toutes le même prix : du confort en moins, parfois une sortie écourtée.

Le sur-équipement arrive en tête. Un sac de 18 kg pour une nuit garantit des ampoules, une progression lente et une mauvaise humeur durable ; le poids se retire objet par objet, en se demandant à chaque fois quel problème réel il résout. Juste derrière vient le matériel jamais testé. Découvrir sur place qu’on ne sait pas monter son tarp, que le firesteel neuf est encore verni ou que le réchaud n’accepte pas la cartouche emportée, c’est l’expérience classique de la première sortie. Tout se teste dans le jardin avant.

La négligence des pieds fait plus de dégâts qu’on ne croit. Chaussures neuves, chaussettes en coton, lacets mal serrés en descente : première cause d’abandon en randonnée comme en chasse à l’approche. Une ampoule se traite à la sensation de chaleur, pas une heure après. Dans le même registre d’imprévoyance, beaucoup partent sans prévenir personne. Communiquer un itinéraire et une heure de retour à un proche ne coûte rien et détermine où les recherches commenceront. Une bonne partie des accidents graves ne le sont devenus que par le délai d’alerte.

Reste la nuit, systématiquement sous-estimée. Le froid nocturne surprend même en juin, et une frontale oubliée transforme une marche de retour banale en série de faux pas. En novembre, le jour tombe vers 17 h : une approche entamée à 15 h laisse deux heures, pas trois. La dernière erreur est la plus tenace, celle qui consiste à chercher de quoi manger avant de boire et de s’abriter. La physiologie impose l’ordre inverse. Un pratiquant à jeun depuis vingt-quatre heures marche encore correctement ; déshydraté de trois pour cent, il prend déjà de mauvaises décisions.

Par où commencer concrètement

Progresser en bushcraft ne demande ni stage coûteux ni matériel de collection. La méthode qui fonctionne consiste à isoler une compétence par sortie et à la travailler jusqu’à ce qu’elle devienne ennuyeuse. Un après-midi entier sur l’allumage du feu par temps humide vaut dix vidéos. Une matinée à marcher trois azimuts successifs sur un terrain connu, carte pliée dans la poche et téléphone éteint, apprend davantage qu’une année d’applications GPS.

La première nuit dehors se passe idéalement à quatre cents mètres de la voiture, dans un endroit où l’on a le droit de bivouaquer, avec la possibilité d’abandonner sans conséquence. C’est là qu’on découvre ce qui manque vraiment dans le sac, et surtout ce qui n’y servait à rien.

Reste une question à se poser avant la prochaine sortie : si le téléphone s’éteignait maintenant, à cet endroit précis, sauriez-vous rentrer ?

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